Petite histoire de la morue, pépite des océans et perle culinaire


Qui a découvert l’Amérique ? Christophe Colomb, répondent-ils en cœur. Et bien non, c’est la morue ! Ou plutôt ceux qui ont eu le courage de traquer ses bancs immenses au-delà des mers déjà courues, vers un inconnu mystérieux qui, dans l’ignorance superstitieuse du XIIe siècle, devait cacher les abîmes infernaux.

Qui sont-ils, ces pêcheurs incroyables et pourquoi ont-ils pris ces risques insensés ?

Sachez que dès les XIe et XIIe siècles, il se faisait sur nos côtes un commerce considérable de morue salée. Mais peu à peu, celle-ci se fit plus rare et bientôt elle finit par déserter presque complètement nos eaux pour s’arrêter dans la mer du Nord, territoire farouchement défendu par les Hollandais. La morue vivant en eaux froides, les Basques décidèrent donc d’aller plus loin, plus haut, plus à l’ouest….

Ces derniers pratiquaient également la pêche à la baleine. C’est en poursuivant ces monstres marins à mesure que leur gibier, fuyant devant eux, se rapprochait des mers glacées, que nos compatriotes découvrirent bien loin dans l’Ouest, une terre couverte de frimas dont les nombreuses baies leur offrirent de sûrs abris pour l’exercice de leur profession. Cette Terre Neuve n’était autre que l’Amérique du Nord.

C’est donc à ce premier atterrissage des baleiniers basques sur les côtes des Terres Neuves que nous devons faire remonter la véritable découverte du Nouveau-Monde, et l’établissement de la première route vraiment commerciale entre l’Europe et l’Amérique.

Voilà, il fallait bien quand même remettre les pendules de l’Histoire à l’heure !Les basques utilisent d’abord la méthode sédentaire. Leurs navires mouillent ou s’échouent dans des havres. La pêche se fait à proximité du littoral à bord de petites chaloupes. Le cabillaud est légèrement salé et séché à terre, ce qui permet une meilleure conservation. C’est ainsi que les premiers contacts avec les autochtones d’Amérique se produisent. Il existait d’ailleurs un parler « basco-algonquin » permettant les échanges entres les basques et la tribu des micmacs. Les bateaux retournent ensuite vendre leurs cargaisons en Europe.

Au milieu du XVIe siècle, apparaît une nouvelle méthode de pêche, dite à la morue verte. Les bateaux partent plus tôt d’Europe pour pêcher au large sur les bancs. Les marins ne quittent jamais le bord, les prises sont salées à fond de cale.
A la suite des Basques, des centaines de navires et des milliers d’hommes sont concernés par cette activité. En 1580, par exemple, 500 navires et 10 000 matelots, pour moitié des Français, pêchent à Terre-Neuve. Traditionnellement, cette croissance de la consommation de morue en Europe était expliquée par les 153 jours maigres de la période du Carême.

Au XVIIe siècle, le port de Saint Jean de Luz prend de l’importance grâce à ces grandes pêches lointaines mais suite au traité d’Utrecht de 1713, Terre-Neuve est désormais aux mains des Anglais, empêchant nos terre-neuvas basques de fréquenter leurs traditionnelles zones de pêche, qu’ils avaient jalousement gardées secrètes des siècles durant. Terre-Neuve et Saint-Pierre et Miquelon leur seront rendus en 1783, mais le mal était fait.

Au début du XIXe siècle, la flotte du Pays Basque est dans un état lamentable, peu de bateaux, peu de marins. La pêche continue, petitement.

Le XXe siècle tente un baroud d’honneur avec l’acquisition d’une flotte moderne mais la grande pêche basque disparaît malgré tout, provoquée par la concurrence étrangère, les nouveaux droits de la mer, les variations des stocks et l’évolution des goûts des chalands.

Sans pour autant se laisser abattre et forts d’une tradition « moruesque » extrêmement forte, il existe encore aujourd’hui un bateau basque qui perpétue la tradition, sans oublier les usines de transformation de morue qui pullulent dans notre région.

Lexique de la morue :

  • Gadus Morhua si pêchée dans l’Atlantique
  • Gadus Macrocephalus si pêchée dans le Pacifique

Bibliographie
Bellet, Adolphe (1852-19..). La grande pêche de la morue à Terre-Neuve : depuis la découverte du Nouveau Monde par les Basques

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